La sculpture est un art complexe , étrange et fascinant qui se joue de la troisième dimension pour apprivoiser le volume et l’espace . De ce pari risqué chaque artiste , chaque époque a su imaginer une lecture propre . Les artistes de la Renaissance en Italie au XV° siècle , inspirés par la grande sculpture hellénistique ont eu pour exhortation de figurer le corps humain dans sa beauté et sa perfection . Bien plus tard au XX° siècle Calder , Tinguely et d’autres s’attachèrent à sculpter le mouvement : mobiles , immobiles , machines en rotation … Les sculpteurs basques aujourd’hui très reconnus tels Chillida , Oteiza ou Ugarte ont théorisé pour leur part sur l’essentielle notion du vide : le « huts » , vide qui entoure le plein et construit l’espace . En modelant ainsi le corps , le mouvement ou le vide , la sculpture se donne à voir …infiniment !
Xavier Carrère , par sa solide formation d’artiste verrier , a probablement abordé la sculpture par une autre voie . Si son expérience lui a permis la maitrise de la matière et son acuité artistique la compréhension du volume et de la forme , c’est à l’évidence la lumière qui caractérise depuis toujours l’œuvre de Carrère . La lumière , telle un fil d’Ariane fragile et merveilleux , donne vie à chacune des pièces façonnées , soufflées , liées . Le verre translucide ou opaque , la brillance des matières , la délicatesse de l’or reflètent , suggèrent et invitent la lumière .La sculpture de Carrère est prétexte à la lumière .
Bulles insolites en verre soufflé , les lumineux ovolites convoquent l’étonnement l’illusion , le mirage . La série des « Liens » est faite d’antagonisme où la lumière du verre reflète et diffracte , transperce et relie la matière confrontée, dense et compacte . Dans ses dernières œuvres intitulées « Kintsugi » en hommage à un art traditionnel japonais , bien plus qu’un raccommodage , l’or illumine subtilement le matériau blessé .
Oui assurément Xavier Carrère est sculpteur , un sculpteur incontesté dont chaque pièce , réfléchie , ressentie , à la personnalité avérée , est marquée du lien indéfectible que l’artiste porte à la lumière .
Michel de JAUREGUIBERRY
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Xavier Carrère est un artiste verrier qui interroge la matière en mouvement.
Mouvements lents de cette lave transparente qu’il manipule devant lui au bout de sa canne, comme pour élucider le mystère de la Création.
Carrère cherche une réponse dans les reflets du verre comme les augures observaient le ciel dans l’espoir d’y lire quelque détail concernant leur destin. Il cherche une fulgurance à travers les irisations, les miroitements, les diffractions de cette pâte molle qui se transforme comme un instant éphémère figé dans l’éternité.
Sculptures solides et fragiles, comme des défis à la logique, association en conjonction d’éléments et de formes antinomiques, juxtaposition de contrai-res ou de sujets antithétiques, Carrère croise les pôles ou relie les molécules incompatibles.
Face à la mer ou dans le vent, l’artiste s’efforce à l’énergie ou en douceur, de joindre les deux bouts, les deux bouts de l’infini, comme s’il voulait trouver la jonction entre les opposés, comme des histoires d’amour improbables ou des mélanges impossibles
entre le silence et la pierre,
entre la terre et la lumière,
entre le fluide et les angles aigus,
entre le concret et l’abstrait.
Comme l’air et l’eau donnèrent naissance à la vie, c’est donc l’histoire de la naissance du monde que Xavier Carrère nous raconte, l’histoire aléatoire et planétaire des matières minérales viscérales qui se fondent et se confondent dans un ballet d’atomes,
L’histoire de l’univers en travail quand les particules élémentaires s’entrechoquent ou se lient,
L’histoire symbolique ou ludique des rapports humains, des associations et des unions surprises quand le feu de la passion engendre des ligatures en tension, l’histoire de ceux qui s’associent pour se sentir bien, se sentir mieux dans la chaleur de cette bulle de vie qui leur sert de repère.
Quel que soit le chemin complexe pour les atteindre les idées les plus simples sont toujours les meilleures.
Pas de fioritures ou de détails inutiles, pas d’ornements postiches, non, aucun artifice factice pour pervertir la beauté épurée de l’oeuvre de Xavier Carrère qui mène infiniment une quête de l’essentiel.
Xavier Carrère un artiste essentiel.
CharlElie Couture